La transparence du temps – Roz TYNEVEZ

Après une parenthèse confinée, la galerie Huit’Yv est heureuse de ré-ouvrir ses portes avec

ROZ TYNEVEZ du 12 au 24 juin, de 14h30 à 21h.

 

La transparence du temps

Je peins depuis une douzaine d’années… Un peu d’abord, puis de plus en plus souvent. Mon petit atelier est chez moi, en véranda avec vue sur le beau jardin. Ma boîte de couleurs à l’huile, ma palette, mon chevalet et le tableau en cours en constituent le décor.

« Je veux qu’elle soit vivante ! » est la phrase qui a certainement marqué mon entrée déterminée dans la peinture. Il s’agissait alors de la mer, qui a été mon premier sujet – ou devrais-je dire objet ? – et qui revient, comme par vagues, encore dans mon travail (Peindre la mer encore ! 2019). Il s’agissait peut-être plus obscurément de la mère, la mienne, absentée dans la mort (- Traces de mer – 2010 – Danse avec la mer – 2010 – L’absence sur le rivage – 2011)… Peut-être que l’on crée contre la mort : des peintures, des photographies, de la musique, de l’écrit… Peut-être est-ce une réponse au manque, au vide même qui menace sous nos pas, à l’absence qui creuse un trou en soi, quelque chose aussi comme une tentative pour se dégager du concert commun et donner forme ou langue à quelque chose d’intime et de singulier.

Faire jaillir du vivant, donc de l’énergie, voire un frémissement a certainement orienté ma manière de peindre. Au-delà du sujet, qui ne m’intéresse pas tant que ça, je crois que l’énergie du geste est ce que je veux éprouver. Peindre est une danse, une gestualité musicale, qui convie le corps ! Je n’écoute pas de musique lorsque je peins ; je crois plutôt que je peins comme je ferais de la musique, pour l’expérience gestuelle qu’elle suscite (Sonate – 2018 – Sonatine – 2018 – Symphonie marine – 2018).

Suscite / Ressuscite ! Mort et naissance vont ici main dans la main… La main tient le pinceau pour affronter le vide de la toile, y creuser un chemin (Mon chemin vers – 2015), capter l’énergie de la matière : l’eau, je l’ai dit, la neige (Les sillons enneigés – 2018 – Les chemins de migrations – 2018), la terre (Terreau – 2018) et même le feu (Lave et cendre – 2018). La toile fait présence sur le trou de l’absence, elle s’inscrit dans la transparence du temps.

Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays Cruel, et, souriant aux reproches vieillis Que me font mes amis, le passé, le génie, Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie, Imiter le Chinois au cœur limpide et fin De qui l’extase pure est de peindre la fin Sur ses tasses de neige à la lune ravie D’une bizarre fleur qui parfume sa vie Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant, Au filigrane bleu de l’âme se greffant.

Stéphane Mallarmé

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